Le quotidien du médecin : la lévothyroxine n’améliore ni la qualité, ni la qualité de vie, ni les symptômes

By Charlène Catalifaud
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L’instauration d’un traitement hormonal thyroïdien (lévothyroxine) en routine chez les patients atteints d’hypothyroïdie infraclinique (aussi appelée fruste) n’est pas justifiée, selon une méta-analyse publiée dans le « JAMA ».

L’hypothyroïdie infraclinique, qui se caractérise par un taux sanguin élevé de thyréostimuline (TSH), est souvent pointée du doigt comme étant la cause de divers symptômes, sans toutefois que le lien soit formellement établi.

Une normalisation du taux de TSH

Au total, 21 études comparant le traitement hormonal thyroïdien à un placebo ou à l’absence de traitement ont été incluses. Cela correspond à 2 192 patients adultes présentant une hypothyroïdie infraclinique (aucune femme enceinte n’a été incluse). « Notre étude combine toutes les preuves existantes sur le sujet à ce jour », indique au « Quotidien » Olaf Dekkers, co-auteur de l’étude. Elle prend en compte notamment deux essais randomisés récents, les plus importants publiés à ce jour, selon les auteurs. « Ces deux études représentent à elles seules la moitié des patients inclus dans l’étude. Elles ont donc un poids énorme dans cette méta-analyse, qui de fait, n’apporte pas de réels nouveaux éléments », nuance toutefois le Pr Patrice Rodien, président de la Société française d’Endocrinologie et endocrinologue au CHU d’Angers, interrogé par le « Quotidien » pour commenter cette étude.

Si le traitement à la lévothyroxine est associé à une normalisation du taux de TSH, aucun bénéfice en termes de qualité de vie, de symptômes liés à la thyroïde, de symptômes dépressifs, de fatigue, de fonction cognitive, de force musculaire, de pression artérielle ou d’indice de masse corporelle n’a été observé dans cette méta-analyse.

Dans ses recommandations de 2007, la Haute autorité de santé (HAS) estime en effet que « le but du traitement thyroxinique est de prévenir la conversion en hypothyroïdie avérée » et précise qu’« il n’améliore pas significativement les signes cliniques ni la qualité de vie ». Elle recommande de traiter les patients présentant un taux de TSH supérieur à 10 mUI/l et une prise en charge au cas par cas pour les taux compris entre 4 et 10 (la valeur normale se situant entre 0,5 et 3,7).

Mieux cibler les populations

« De nombreux patients sont traités pour ce trouble thyroïdien léger, pourtant le traitement est la plupart du temps inefficace, note Olaf Dekkers. Ces résultats sont importants, car beaucoup de patients espèrent que leur dysfonctionnement de la thyroïde est la cause de leurs problèmes (fatigue/gain de poids) et que le traitement résoudra ces problèmes ».

Des populations plus ciblées auraient pu amener à une conclusion plus nuancée : « la force des méta-analyses est le nombre de sujets inclus, mais le fait de mélanger des populations d’âges différents, étudiées avec des critères souvent différents, peut aussi faire perdre du sens, estime le Pr Rodien. Peut-être qu’en ciblant les personnes ayant une hypothyroïdie fruste présentant des symptômes – car toutes n’en ont pas -, le traitement serait bénéfique ».

Pour l’endocrinologue, l’âge est également un facteur à prendre en compte. « Par exemple, le traitement ne semble pas améliorer le risque cardiovasculaire chez les sujets âgés, dans les études centrées sur cet aspect, mais ce risque est susceptible d’être amélioré chez les plus jeunes », souligne le Pr Rodien, qui évoque un potentiel surtraitement chez les sujets âgés.